2348

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/01/2013

L'art de faire parler les crânes

"Il faut dire que celui de Versailles est particulièrement décevant. On s'attendrait à pléthore de grands noms, à un gotha de l'Au-delà, une sorte de cour en miniature où la tombe de Saint-Simon ferait face à celle de Voltaire afin que les deux chroniqueurs puissent, enfin, deviser et répandre leur fiel; il n'en est rien. Le cimetière des Gonards, le plus grand de la ville date de 1879, il est d'une banalité indigne de Versailles. L'éternité aux Gonards doit passer à peu près aussi vite qu'un dimanche après-midi dans un village de la Beauce, par temps de pluie .

D'ailleurs, les esprits originaux n'y restent pas. prenez Landru: devant le Tout-Paris rassemblé à Versailles pour l'occasion, Henri- Désiré a été guillotiné avant d'être inhumé dans le quartier réservé aux criminels. Lui, qui, quelques mois auparavant avait attiré à son procès tout ce qu'il y a de plus chic ou de fameux dans la capitale, notamment Colette et Raimu, lui dont l'éloquence et l'humour faisaient la une des journaux, se retrouve en terre dans le cimetière des Gonards, n'ayant pour seul cothurne d'éternité qu'un dénommé Cartier, obscur revenant sans esprit. Certes, le terrain accueille nombre de vieilles bourgeoises à détrousser mais, soit que les héritiers s'en soient déjà chargés, soit que les biens matériels n'interessent plus le Barbe-Bleue de Gambais, ce dernier s'y morfond si fort qu'il bénéficie d'une remise de peine; quelques années plus tard, son corps et sa tête sont portés disparus! L'administration du cimetière est perplexe, il ne reste pas une archive indiquant l'emplacement exact de la tombe. Une ultime fois, le criminel est parti sans laisser de traces.

A propos de tête, il en est une autre qui a réussi à échapper à la tristesse du cimetière versaillais, celle de la marquise de Brinvilliers, qui aurait orné la bibliothèque de la ville jusqu'à récemment. En 1835, J- A Leroy, phrénologue de son état et donc spécialiste dans l'art de faire parler les crânes, s'empare de la macabre relique et déduit le plus sérieusement du monde que la prédominance des parties postérieure et latérales du crâne annonçait des tendances criminelles. Il précise que cette tête appartenait à une femme qui aimait les enfants, était douée d'un grand amour de l'approbation, de fermeté d'âme,  et de vénération ainsi que , je cite, "d'un esprit de saillie fort agréable". ce qui est formidable avec la médecine, c'est qu'elle permet souvent de donner des allures scientifiques aux hypothèses les plus farfelues. Quoi qu'il en soit , pour le grand public, le crâne versaillais ne peut être que celui de la Brinvilliers: il n'y eut jamais autant de monde à la bibliothèque.

 Pourtant, sa description turlupine le médecin qui décide de mener l'enquête. Il découvre que ce crâne n'est pas celui de l'empoisonneuse mais celui d'une certaine madame Tiquet qui a , à deux reprises et pour des motifs futiles, tenté de trucider son époux.  Scandale, le crâne n'est pas celui de l'aristocrate sorcière mais celui d'une vulgaire criminelle....La bibliothèque de Versailles retourne à son silence ordinaire et le crâne roturier, quelques années plus tard disparait mystérieusement."

 

ALAIN  BARATON    [  Vice et Versailles ]

17:27 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.