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08/06/2013

la douleur se taisait: sorte d'armistice des nerfs

"Etendu, immobile, l'oreille aux aguets, je m'attendais à des coups de feu des Viets ou de la Légion mais rien ne se produisit; il lui faudrait  probablement une heure ou plus pour atteindre la prochaine tour, s'il l'atteignait jamais; je tournai la tête juste assez pour voir ce qui restait de notre tour, un amoncellement de terre, de bambous et d'étais qui semblait s'affaisser à mesure que les flammes de la voiture  baissaient.

La paix régnait quans la douleur se taisait: sorte d'armistice des berfs, et j'avais envie de chanter; Comme c'est étrange, me disais-je, de penser que les hommes de ma profession ne tireraient de toute cette nuit qu'un fait divers en deux lignes. Ce n'était qu'une nuit comme il y en a tant, et j'était le seul objet insolite qu'elle contint. Alors, j'entendis un bruit sourd de sanglots qui venait de ce qui restait de la tour: un des hommes de garde devait être encore vivant.

Pauvre diable, pensais-je , si nous n'avions pas eu une panne si près de son poste, il aurait pu se rendre, comme ils se rendent presque tous, ou fuir au premier appel du mégaphone. Mais nous étions là, deux blancs et nous avions la mitraillette, et ils n'osaient pas bouger; je portais la responsabilité de cette voix qui pleurait dans le noir: je m'étais fait une gloire de ma liberté d'esprit, de mon absence de liens avec cette guerre, mais ces blessures, je les avais infligées aussi sûrement que si je m'étais servi de la Sten.

Je fis un effort pour franchir le talus et atteindre la route, je voulais le rejoindre.; c'était la seule chose que je pouvais faire: partager sa souffrance. Mais, ma propre souffrance me rejeta en arrière; je ne l'entendais plus, je me tenais immobile et n'entendais que ma propre douleur qui battait comme un coeur monstrueux; je retins mon souffle et priai le Dieu en qui je ne croyais pas: "Faites que je meure ou que je m'évanouisse".

Alors, je suppose que je perdis connaissance car je ne sus plus rien jusqu'au moment où je rêvai que mes paupières étaient soudées par la glace et qu'on essayait de me les ouvrir de force avec un ciseau; je voulais recommander qu'on n'abime pas mes yeux dans l'opération , mais je ne pouvais pas parler et le ciseau commençait à pénétrer. Une lampe électrique s'alluma brusquement devant mon visage.

-Nous sommes hors de danger,Thomas! dit Pyle.

 

GRAHAM  GREENE    [  Un Américain bien tranquille  ]

14:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Je l'adore lui (le roman a été adapté au cinéma par JO Mankiewicz, Thmomas est interprété par Michael Redgrave) (il me fait penser à certains films d'Hitchcock -les 4 de l'espionnage, ou Agent secret, ou mieux, James Steward et Doris Day, dans l'homme qui en savait trop)(enfin cette ambiance-là, du moyen orient quand l'Angleterre...) (avant guerre) (mais son Américain bien tranquille date de 1955) (j'avais deux ans) (c'est chouette de m'y faire pesenr) Merci...

Écrit par : PdB | 16/06/2013

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