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13/09/2013

L'Australie!

"Je venais de me souvenir d'un épisode dont j'ai parlé au commencement de ce récit. On se rappelle que, lors de l'accident du laboratoire, j'avais accompagné M. Robert Darzac chez lz pharmacien. Or, dans le moment qu'on le soignait, comme il avait dû ôter sa jaquette, la manche de sa chemise, dans un faux mouvement, s'était relevée jusqu'au coude et y avait été arrêtée pendant toute la séance, ce qui m'avait permis de constater que M. Darzac avait, près de la saignée du bras droit une large "tache de naissance" dont les contours semblaient curieusement suivre le dessin géographique de l'Australie. Mentalement, pendant que le pharmacien opérait, je n'avais pu m'empêcher de placer, sur ce bras, aux endroits qu'elle occupent sur la carte,Melbourne, Sydney, Adélaïde;et il y avait encore sous ette large tache, une autre toute petite tache stuée dans les environs de la terre dite de Tasmanie.

Et quand, par hasard, plus tard, il m'était arrivé de penser à cet accident, j'avais toujours pensé aussi, par une liaison d'idées bien compréhensible, à l'Australie.

Et dans cette nuit d'insomnie, voici que l'Australie encore m'apparaissait. Assis sur mon lit, je commençais à agiter la question de savoir comment je pourrais bien m'y prendre pour me fournir à moi-même une preuve aussi décisive de l'identité de Robert Darzac, quand un bruit singulier me fit dresser l'oreille. Le bruit se répéta, on eût dit  que des marches craquaient sous des pas lents et précautionneux.

Haletant, j'allai à ma porte et, l'oreille à la serrure, j'écoutai. Les marches craquèrent à nouveau.Quelqu'un était dans l'escalier, quelqu'un qui avait intérêt à dissimuler sa présence; je songeai à l'ombre que j'avais cru voir tout à l'heure.. quelle pouvait être cette ombre, et que faisait-elle dans l'escalier? Un nouveau silence, j'en profitai pour passer rapidement mon pantalon, et, armé de mon revolver, je réussis à ouvrir ma porte sans la faire geindre sur ses gonds; j'avançai jusqu'à la rampe de l'escalier et j'attendis; les rayons funèbres de la lune arrivaient obliquement par les hautes fenêtres qui s'ouvraient sur chaque palier; la misère du chateau ainsi éclairé n'en paraissait que plus définitive...Tout à coup, comme j'étais penché au-dessus de la rampe, je revis l'ombre; elle était éclairée de façon inquiètante, la lune l'avait allumée comme un flambeau et je reconnus Robert Darzac."

GASTON  LEROUX        [ Le parfum de la dame en noir ]

 

19:08 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)