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26/02/2014

On dirait qu'il peine à se faire accepter

"On entre dans le port de Bari. Tout doucement. C'est comme si le bateau, après une traversée en ligne droite et régulière n'osait plus s'en approcher. Il hésite, murmure, grogne, de ses machines sourdes, rétives. Avance même de côté. On dirait qu'il peine à se faire accepter.

Mal réveillé, je veux profiter de chacune des secondes de ce lent, très lent accostage. Impossible de distinguer le dernier moment où on est devant l'image, vue d'abord à distance comme un paysage à plat, du premier moment où on y est entré, pris dans l'image, captif, cerné par les quais, les grues, les navires, les immeubles visibles, les rues fourmillantes. Et pourtant je me suis concentré pour sentir l'instant exact du passage. Il y a quelques secondes, j'étais en face, encore devant. Mes yeux cadraient l'ensemble du paysage, je me disais: voici Bari, là-bas, et moi, je suis en mer et j'arrive.

Maintenant, je suis dedans. Mes yeux errent, fixent des choses disparates, un bateau, une maison, un carré de ciel entre deux pans de mur, des gens. J'y suis. Me voilà en Italie, impliqué déjà dans d'autres perceptions, d'autres sensations. Des effluves me parviennent de cette terre, non plus étrangère mais nouvelle, des bribes de langue italienne peu à peu concurrencent le fond sonore grec, qui , jusqu'alors dominait sur notre bateau. Les Italiens du bord se manifestent davantage, s'agitent, regroupent quelques bagages, trahissent leur impatience. Tous les bruits de la terre enflent, tous les bruits de la mer s'estompent, font place aux divers sons , mélés de voix, qui caractérisent le sol.

Mon coeur tantôt se serre, tantôt se dilate. Le trac? Comme si descendre de ce bateau accosté était une entrée en scène particulièrement délicate. On débarque en hâte, il faut tourner une séquence sur les quais. La rencontre. Scène capitale qu'on met en boite dans la confusion, le brouhaha, en pensant plus à s'en débarasser qu'à la réussir." 

 

DENIS  PODALYDES    [  Fuir Pénélope ]

 

 

 

17:38 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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