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19/12/2014

Exposant comme nulle part autant notre façon de vivre

"L'agitation en tous sens qui parcourt les grandes surfaces tombe brusquement aux caisses. La file d'attente, nasse dont on ne peut pas sortir, sauf à ses risques et périls de se retrouver dans une autre bien pire, nous fige dans l'immobilité. Dans les allées de l'hyper, les gens étaient des présences qu'on croise et voit vaguement. C'est seulement aux caisses qu'ils s'individualisent.

Le passage à la caisse constitue le moment le plus chargé de tensions et d'irritations. Vis à vis de la caissière, dont on s'empresse d'évaluer la rapidité ou la lenteur. des clients qui:

 ont des caddies débordants

 n'ont pas vu l'absence de code-barres sur un article et vont devoir retourner dans un rayon pour l'échanger

 sortent un chéquier de leur sac, annonçant un rituel de gestes, détachement précautionneux du chèque, vérification de la carte d'identité, l'écriture du numéro de la carte au dos du chèque, la signature du chèque, sa remise, au revoir et merci.. qui parait intolérable, la goutte d'attente en trop.

Le temps de l'attente à la caisse,celui où nous sommes le plus proches les uns des autres. Observés et observant, écoutés, écoutant. Exposant comme nulle part autant notre façon de vivre et notre compte en banque. Nos habitudes alimentaires, nos intérêts les plus intimes. Même notre structure familiale. Les marchandises qu'on pose sur le tapis disent si l'on vit seul, en couple, avec bébé, jeunes enfants animaux.

Exposant son corps, ses gestes, sa vivacité ou sa maladresse, son souci d'autrui, en plaçant le séparateur  de caisse derrière ses courses à l'intention du client suivant, en rangeant son panier vidé au-dessus des autres.

Mais nous fichant au fond d'être exposés dans la mesure où l'on ne se connait pas. Et la plupart du temps, ne nous parlant pas. Comme s'il était saugrenu de lier conversation."

 

ANNIE  ERNAUX      [ Regarde les lumières, mon amour ]

13:59 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

il est vraiment bien, ce petit livre... (le titre, quelle merveille...!) (et Annie Ernaux, on l'aime bien, elle a quelque chose de la vérité et c'est un peu rare quand même...) (bonne fête...!!)

Écrit par : PdB | 31/12/2014

et je croyais qu'Annie Ernaux ne touchait réellement que les femmes; j'étais dans l'erreur, elle est le contraire de la personne "en représentation", nous sommes d'accord

bonne année à toi Anne-Marie

Écrit par : Emery | 31/12/2014

Les commentaires sont fermés.