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03/06/2015

Tous les banlieusards regardaient par terre

"La gare de Shinjuku est gigantesque. près de trois millions cinq cent mille voyageurs y passent chaque jour; c'est un vrai labyrinthe. Durant les heures de pointe, ce labyrinthe se mue en un océan humain qui écume, produit des tourbillons virulents, hurle, se rue et afflue sur les entrées et les sorties.

Les haut-parleurs ne cessent de diffuser des annonces, des instructions,  et, sans trêve, les machines à composter avalent en silence les innombrables informations contenues sur les cartes, billets et titres de transport.

Quand on monte ou descend un escalier au milieu de la foule, si quelqu'un vous marche sur le pied et que vous perdez une de vos chaussures, vous pouvez lui dire adieu; la chaussure est avalée et disparait parmi ces redoutables sables mouvants; il ne vous reste qu'à passer la journée avec une seule chaussure...

Au début des années 90, un influent journal américain avait publié une photo de voyageurs descendant un escalier de la gare de Shinjuku; tous les banlieusards regardaient par terre, comme sur ordre, tous avaient le visage sombre: " Le japon est devenu riche mais la majorité des Japonais ne semblent pas heureux." La photo était devenue célèbre.

Tsukuru ne savait pas très bien si la plupart des Japonais étaient vraiment malheureux; ce qu'il savait, c'était pourquoi ces gens baissaient la tête; ils faisaient attention à leurs pieds; ils prenaient garde à ne pas perdre une chaussure; il est rare que des gens vêtus de pardessus sombres, qui marchent la tête baissée aient l' air heureux; d'un autre côté, est-il illégitime de qualifier de malheureuse une société dans laquelle il faut chaque matin s'inquiéter de ne pas perdre une chaussure?

Personne n'attendait de Tsukuru Tazaki  qu'il réfléchisse à ces problèmes, lui dont le travail consistait à dessiner des plans de bâtiments.  Que chacun soit responsable de sa propre vie; on ne lui demandait pas de méditer, juste être efficace et précis; il n'était ni philosophe ni sociologue, simplement ingénieur"

 

HARUKI  MURAKAMI    [  L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage  ]

 

13:59 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

c'est parce que c'est simple que ça nous emporte, les écrits de Murakami, non ? magnifiquement simple (je ne connais pas ce livre, mais je vais tenter de me le procurer) (merci)

Écrit par : PdB | 09/06/2015

Lorsque j'ai ouvert le premier livre de Murakami, je pensais que ce serait très loin de mes préoccupations et que j'aurais du mal à appréhender ce monde japonais; c'est l'exact contraire, c'est limpide et si proche de nous, et j'ai continué....

Écrit par : Emery | 09/06/2015

Les commentaires sont fermés.