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22/09/2015

Sept-Epées en était là de son rêve

"Oui, ici, on doit devenir sinon meilleur du moins plus digne et plus austère. Les vaines sensibilités, les poignantes aspirations doivent s'émousser et faire place à une espèce de fatalisme robuste. La vie de fer et de feu de l'industriel est un délire, une gageure contre le ciel, un continuel emportement contre la nature et contre soi-même. Celle du paysan est une soumission prolongée, demi-prière et demi-sommeil. Le mépris des tourments  et des joies qui nous consument est écrit sur sa figure, qui ne sait ni rire ni pleurer. Il contemple et il médite. Il attend toujours quelque chose qui, un peu plus tôt, un peu plus tard, doit venir à coup sûr, pluie ou soleil, ombre ou lumière; tandis que l'artisan , enfoui dans les mines ou courbé dans l'atelier sombre, a toujours l'esprit et les yeux tourné vers un seul point., l'agriculteur regarde en haut ce qui, des rayons ou des nuages doit venir donner la dernière et souveraine façon à son oeuvre. Tous deux ont arrosé leur tâche des sueurs de leur front; mais l'artisan n'a façonné qu'un instrument destiné à s'user et à disparaitre, une chose fragile qu'il ne reverra jamais, dont il ne connaitra ni le destin ni la durée; le paysan a fécondé quelque chose d'éternel qui sommeillait et qui recommence à vivre en sortant de ses mains , quelque chose d'actif et d'inépuisable qui doit fleurir et fructifier sous ses yeux.

Ainsi rêvait le jeune homme, se traduisant à lui-même ses propres pensées sous une forme qui n'avait pas besoin de mots pour en peindre les vives images. Sept-Epées en était là de son rêve lorsqu'un porteur de lettres qui parcourait la plaine allant d'une ferme à l'autre,  lui remit une lettre de la Ville Noire...."

 

GEORGE  SAND     [ La Ville noire  ]

16:06 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

apétissant... (jamais lu cette "Ville Noire" et comme à l'accoutumée, le passage en donne fort envie) (nulle part le travail de bureau -les "services" comme on dit tu sais- dans les pensées de ce Sept-Epées : comme les temps changent...)

Écrit par : PdB | 27/09/2015

oui, j'ai trouvé ce passage après avoir fait une visite intéressante de Thiers et bien que cette "Ville Noire" soit très téléphonée, j'y ai vu du George Sand pur sucre; la vie des ces ouvriers de la coutellerie était terrifiante et ils ne devaient pas vivre bien vieux, allongés douze heures par jour et six jours sur sept avec leur chien sur le dos , la bonne dame de Nohant n'a pas laissé passer çà: bonne lecture

Écrit par : EMERY ANNE MARIE | 28/09/2015

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