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02/11/2015

Le journaliste gagnant

"Le journaliste gagnant d'aujourd'hui est censé ouvrir les vannes à ce qui , dans la profession, est l'équivalent d'une pépite d'un kilo chez les orpailleurs: le buzz.

Qu'est-ce que le buzz? c'est une manière sociologiquement correcte de nommer ce qui, autrefois était la honte du journalisme: la rumeur. Mais Internet et le changement de vocable ont entrainé une mutation de la morale journalistique; rumeur, c'est mal, buzz, c'est excellent; or, la différence entre le buzz et la rumeur est la même qu'entre le crottin de cheval et l'or brun; c'est la même merde mais on vend l'un plus cher que l'autre.

Le culte du scoop voulait qu'on soit le premier à divulguer un fait réel sensationnel. Le culte du buzz veut que l'on soit le premier à divulguer quelque chose qui fera parler.Or, le journalisme sociologisé adore fabriquer des boucs émissaires qu'il choisit parmi les dominants; un ministre, un chef d'entreprise supposé être riche, un ex ou actuel président, un acteur de la vie publique qui réussit. Une fois la réputation bien salie, , on peut tout se permettre, il n'y a plus de limites.

C'est devenu la règle du jeu; aujourd'hui, en France, il est inutile de vouloir préserver son honneur et sa réputation, lorsque l'on exerce des responsabilités. la suspicion est automatique et la diffamation constante; pendant mes cinq années à la direction de la radio, il n'y eut guère de semaines où je n'aie appris sur moi-même en lisant les journaux les choses les plus fantaisistes et toujours malveillantes.

Je ne sais à qui rendre grâce, mais je ne suis guère sensible à cette animosité moutonnière, l'oubli est un don précieux; si mon cas est anodin , le principe est dramatique; il rend banale et légitime la désinformation et il est criminel dans un régime démocratique car il privilégie la propagande."

 

PHILIPPE   VAL        [ Malaise dans l'inculture ]

 

 

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