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09/06/2016

j'aimais tenter de deviner

" Au bout de le rue s'ouvrait déjà un autre monde; on quittait le lotissement de maisons mitoyennes pour un enchevêtrement de rues bordées de pavillons dépareillés qu'encerclaient des terrains ceints de clôtures. ..Les maisons y proposaient un échantillon complet de l'architecture pavillonnaire en banlieue résidentielle .Tout  cela pourrait paraitre, aux yeux de certains, singulièrement dénué de charme mais, pour ma part, j'aimais ces rues, ces portails derrière lesquels trépignaient des chiens bonhommes, se devinaient des parcelles où il faisait bon lire ou échanger des balles de ping-pong, prendre l'apéritif dans la douceur du soir en été. Chacune de ces maisons avait son atmosphère propre,  et j'aimais tenter de deviner, derrière les fenêtres les vies qui s'y menaient.

Il me semblait confusément que ma place véritable se trouvait dans l'une d'elles, qu'à l'abri de ces salons, ces cuisines, ces chambres d'enfants, on vivait vraiment, quand chez nous tout paraissait figé,  en deux dimensions, sans profondeur ni relief. Je peux parfaitement me remémorer la sensation que j'avais, alors que chez nous rien ne vivait vraiment, que nous étions plongés dans un songe appauvri, une pantomime désincarnée quand partout  ailleurs les cœurs battaient, les mots et les sentiments circulaient. Je passais des heures entières juché sur mon vélo à tenter de percer le mystère de ces existences ordinaires mais investies par ceux qui les menaient. Je me demande aujourd'hui encore si ce sentiment était lié à la disposition particulière de mon esprit ou si les choses étaient vraiment telles que je les éprouvais. Si les autres étaient profondément vivants, même difficilement, même humblement, même dans le malheur quand nous, mes parents, mon frère et moi étions réduits à l'état de fantômes,  d'ersatz, gelés et ânonnant le texte de nos vies, engoncés dans des corps de plâtre, des masques de cire.

Nicolas habitait une maison que les arbres cachaient presque entièrement à la vue mais le portail était toujours ouvert; chez Nicolas, il y avait toujours du monde, il y avait toujours quelqu'un dans la cuisine pour partager un café; ses parents nous accueillaient avec une chaleur jamais prise en défaut; il y régnait un joyeux bordel et tout était fait pour réchauffer; c'était d'ailleurs la sensation qui prédominait dans cette maison "

 

OLIVIER   ADAM      [   La  renverse  ]

 

15:02 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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