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06/05/2015

L'alerte est déclenchée

"Chez vous, dans votre jardin, sous vos yeux, tous les jours, les plantes, les insectes ou les petits mammifères se livrent à des activités de camouflage, de défense ou de renseignement.

Le fraisier produit des stolons; les stolons sont des tiges qui poussent sue la terre, et donnent par la suite naissance à de nouveaux pieds de fraisiers; lorsque de petites bestioles dévorent les feuilles du fraisier, en réaction, celui-ci transmet par l'intermédiaire des stolons des informations aux jeunes pousses; l'alerte est déclenchée: le rejet transforme la composition de ses feuilles pour qu'elle soient moins appétissantes; cela ne résout pas le problème mais limite les dégâts. Un jardin est très souvent fréquenté par des fourmis. l'une d'elles est partie se promener quand elle découvre de quoi nourrir toute la colonie.

Comment faire pour indiquer la route à suivre et ne pas s'égarer? Sitôt la nourriture localisée, la fourmi rentre à la base en laissant derrière elle des petites crottes en forme de virgule. la pointe de la virgule indique la direction à suivre jusqu'au festin.

Certains insectes sont experts en camouflage comme les phasmes qui ressemblent à s'y méprendre à des tiges ou de feuilles d'arbre. A défaut d'être discret, il faut savoir faire peur; les ailes de la coccinelle sont rouge vif, une manière de se faire voir distinctement des prédateurs et de leur signifier de ne pas la manger car son goût et son odeur sont particulièrement désagréables."

 

ALAIN  BARATON      [ Je plante donc je suis  ]

17:55 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

26/04/2015

Nous avions perdu nos nerfs

"Je pensais à ces corps humains dont la masse indistincte constituait un corps d'armée. ces garçons bien vivants, ces chevaux écumants étaient immolés par poignées sur le geste d'un général qui commandait un mouvement à ses troupes. d'un point de vue tactique, les soldats étaient les pièces anonymes d'un dispositif; ils n'avaient pas de valeur individuelle. pas plus qu'une goutte d'eau n'est prise en compte lorsqu'on évoque un bras de rivière. ; une troupe est une catégorie abstraite dans l'esprit de celui qui l'envoie au feu. elle est une masse sans visage de laquelle sont soustraits quelques milliers d'éléments au soir de la bataille, à l'heure des comptes...

Il y avait une dernière question. Quel était aujourd'hui le terrain d'expression de l'héroïsme? Nous autres, deux cents ans après l'Empire, aurions nous accepté de charger l'ennemi pour la propagation d'une idée ou l'amour d'un chef? Une mobilisation générale aurait- elle été possible en cette aube du XXIème siècle? je me souvenais de mon grand-père de 1914, qui avait pataugé cinq ans durant dans la tranchées de la Somme et n'en avait conçu aucune amertume. Ses lettres, comme celles d'autres Poilus étaient de résignation; elle disaient que c'était le destin; étions-nous capables de cette retenue, de cette acceptation?

J'avais l'impression que non. Nous avions perdu nos nerfs. Quelque chose s'était produit depuis l'après-guerre. Le paradigme collectif s'était transformé. Nous ne croyions plus à un destin commun; Les hommes politiques balbutiaient  dans leur novlangue à propos du "vivre ensemble" mais personne n'y croyait.

Qu'est-ce qui s'était passé pour qu'un peuple devînt un agrégat d'individus persuadés de n'avoir rien à partager les uns avec les autres; Le shopping, peut-être? les marchands avaient réussi leur coup. Pour beaucoup d'entre nous, acheter des choses était devenu une activité principale, un horizon, une destinée."

 

SYLVAIN TESSON     [ Berezina ]

 

17:09 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

30/03/2015

Savez-vous ce que c'est que l'amok?

"Mais, à partir de ce moment, je fus saisi comme par la fièvre....Je perdis tout contrôle sur moi-même... ou plutôt, je savais bien que ce que je faisais était insensé, mais je n'avais plus aucun pouvoir sur moi...Je ne me comprenais plus moi-même....Je n'avais plus qu'une idée fixe: atteindre mon but; D'ailleurs, attendez, peut-être, malgré tout, pourrai-je encore vous faire comprendre. Savez-vous ce que c'est que l'amok?

-Amok, je crois me souvenir... c'est une espèce d'ivresse chez les Malais.

-C'est plus que de l'ivresse, c'est de la folie, une sorte de rage humaine, littéralement parlant..une crise de monomanie meurtrière et insensée à laquelle aucune intoxication alcoolique ne peut se comparer. Moi-même , au cours de mon séjour là-bas, j'ai étudié quelques cas, lorsqu'il s'agit des autres, on est toujours perspicace et positif,  mais sans que j'aie pu jamais découvrir l'effrayant secret de leur origine... La cause en est, sans doute au climat...Donc, l'amok, oui, l'amok, voici ce que c'est; un Malais, n'importe quel brave homme plein de douceur est en train de boire paisiblement son breuvage.. il est là, apathiquement assis, indifférent et sans énergie. tout comme j'étais asssis dans ma chambre... et soudain, il bondit, saisit son poignard et se précipite dans la rue.. il court tout droit devant lui, toujours devant lui, sans savoir où...ce qui passe sur son chemin , homme ou animal, il l'abat avec son kris et l'odeur du sang le rend encore plus violent....Les gens du village savent qu'aucune puissance au monde ne peut arrêter celui qui est en proie à cette crise de folie sanguinaire et quand ils le voient venir, ils vocifèrent du plus loin qu'ils peuvent le sinistre avertissement:"Amok, Amok " et tout s'enfuit...

Mais lui, sans entendre poursuit sa course; il court sans rien voir,  et continue de tuer tout ce qu'il rencontre, jusqu'à ce qu'on l'abatte comme un chien enragé ou qu'il s'affaisse , anéanti ou tout écumant...."

STEFAN  ZWEIG      [   AMOK   ]

11:14 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3)