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26/03/2010

Nous entrons dans le noir?

"Comment, chère maitre ? vous aussi! démoralisée, triste? que vont devenir les faibles, alors?

Moi, j'ai le coeur serré d'une façon qui m'étonne. Et je roule dans une mélancolie sans fond, malgré le travail, malgré le bon saint Antoine qui devrait me distraire; est-ce la suite de mes chagrins réitérés? C'est possible. Mais la guerre y est pour beaucoup. il me semble que nous entrons dans le noir?

Voilà donc l'homme naturel ! Faites des théories maintenant! Vantez le progrès, les lumières et le bon sens des masses, et la douceur du peuple français. Je vous assure qu'ici, on se ferait assommer si on s'avisait de prêcher la Paix.

Quoi qu'il advienne, nous sommes reculés pour longtemps.

Les guerres de race vont peut-être recommencer? On verra, avant un siècle, plusieurs millions d'hommes s'entretuer en une séance, tout l'Orient contre toute l'Europe, l'ancien monde contre le nouveau! Pourquoi pas? les grands travaux collectifs comme l'isthme de Suez sont peut-être sous une autre forme, des ébauches et des préparations de ces conflits monstrueux dont nous n'avons pas l'idée?

Peut-être que la Prusse va recevoir une forte raclée qui entrait dans les desseins de la providence, pour rétablir l'équilibre européen? Ce pays- là tendait à s'hypertrophier comme la France l'a fait sous Louis XIV et Napoléon. Les autre organes s''en trouvent génés; de là un trouble universel. des saignées formidables seraient-elles utiles?

Ah , lettrés que nous sommes! L'humanité est loin de notre idéal. ET notre immense erreur, est de la croire pareille à nous, et de vouloir la traiter en conséquence. Mais nous étions peut-être trop habitués au confort et à la tranquillité. Nous nous enfoncions dans la matière. IL faut revenir à la grande tradition, ne plus tenir à la vie , au bonheur, à l'argent ni à rien, être ce qu'étaient nos grands-pères, des personnes légères, gazeuses....

Amitiés à tout le monde et à vous mes tendresses.

Gve Flaubert "

GUSTAVE FLAUBERT   -GEORGE SAND    [Correspondance]

16:54 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

20/03/2010

Les prolétaires

"Il y eut une nouvelle explosion de glapissements. Deux femmes énormes, dont l'une avait les cheveux défaits, s'étaient emparées de la même casserole et essayaient de se l'arracher l'une l'autre des mains. Elles tirèrent violemment toutes deux un moment, puis le manche se détacha. Winston les regarda avec dégoût.

Winston écrivit: ils ne se révolteront que lorsqu"ils  seront devenus conscients et ils ne pourront devenir conscients qu'après s'être révoltés.

Le parti prétendait naturellement avoir délivré les prolétaires de l'esclavage. Avant la révolution, ils étaient hideusement opprimés par les capitalistes. Ils étaient affamés et fouettés. Les femmes étaient obligées de travailler dans les mines de charbon(des femmes d'ailleurs travaillaient encore dans des mines de charbon). Les enfants étaient vendus aux usines dès l''âge de six ans.Mais  en même temps que ces déclarations, en vertu des principes de la double-pensée, le parti enseignait que les prolétaires étaient des inférieurs naturels, qui devaient être tenus en état de dépendance, comme les animaux, par l'application de quelques règles simples. Aussi longtemps qu'ils continueraient à travailler et à engendrer, leurs autres activités seraient sans importance. Laissés à eux-mêmes comme le bétail lâché dans les plaines de l'Argentine, ils étaient revenus à un style de vie qui leur paraissait naturel, selon une sorte de canon ancestral. Ils naissaient, ils poussaient dans la rues allaient au travail à partir de douze ans. Ils traversaient une brève période de beauté florissante et de désir.Ils se mariaient à vingt ans, étaient en pleine maturité à trente et mouraient pour la plupart à soixante ans.

Le travail physique épuisant, le souci de la maison et des enfants, les querelles mesquines entre voisins, les films, le football, la bière et surtout le jeu formaient tout leur horizon et comblaient leurs esprits. Les garder sous contrôle n'était pas difficile."

GEORGE   ORWELL   [1984]

13:37 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

13/03/2010

Madame

"Au cours des réceptions que Madame donnait encore parfois chez elle, avec cette sur-outrance, cet étalage de ceux qui n'aiment plus manger depuis longtemps et où s'accumulaient foie gras coupé en tranches trop épaisses pour un traiteur soucieux d'en écouler un maximum, ce qu'elle aimait le plus, Madame, c'étaient les présentoirs, les siens avaient la forme d'un ciboire, qui lui rappelait elle ne savait plus quoi "l'impératrice Farah les voulait mais Sotheby m'a préférée, c'est un ami".

A vrai dire, Madame avait horreur de toutes ces nourritures-là. Bref, elle, quand elle le pouvait buvait un café fait de poudre très fine, bouillie et rebouillie, et ne manquait pas de retourner la tasse pour chercher dans les méandres du fond son avenir. Elle se souriait à elle, seule! Elle disait parfois,  brillante, en riant." Je dois avoir des ascendances paysannes que je ne sais pas. Je suis incapable de faire une promenade sans but; incapable de creuser un canal qui ne mène à rien". Elle le chantonnait presque à l'ami célèbre qu'elle avait invité sur son yacht. Elle n'avait jamais su se défaire à vrai dire, elle n'avait jamais essayé, de ce penchant immodéré qu'elle avait pour la flatterie. Flouée par celui ou celle qui l'encensait, même et surtout si c'était énorme, flattée d'approcher et devenir l'amie de n'importe quel imbécile, pourvu que l'imbécile en question, le n'importe quel demi-fesse possède même momentanément, accroché à ses chevilles, les quelques menus grelots d'un pouvoir. Elle le trouvait alors beau, plus, magnifique, se servait même du mot sublime. Dès qu'elle connaissait un tenant, voire un pré-tenant de ce pouvoir-là jusqu'à même un cinquième attaché de cabinet, elle n'avait de cesse de l'annexer à son groupe. " De toutes façons, murmurait-elle, vous, vous ne le savez pas mais le vrai chef, c'est lui; je le sais moi, de source secrète."

FRANCOISE  XENAKIS      [La natte coupée]

 

 

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