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19/01/2010

Dernières heures à bord du Titanic

"Les petits canots, lesquels avaient été avertis de rester groupés, dérivent séparément.Nous sommes entièrement seuls. Je suis engourdie et rame mécaniquement; il n'y a pas de port. Nous sommes à deux cents miles de la terre. Nous savons cela de la brute qui tient la rame qui sert de gouvernail. Il nous a également rappelé que nous n'avons ni eau ni biscuit. Au dessus de nos têtes, les incroyables étoiles sont intimement proches.

De ce qui se trame autour de moi, je n'ai qu'une faible conscience durant ces heures de la nuit, je ne suis pas réellement attristée par la jeune fille grelottante à qui je donne une couverture; je suis indifférente à l'angoisse d'une mère qui perd sa santé mentale à la suite de la disparition de son fils; je sens qu'il y a de la folie dans le fait de se laisser captiver par de pareilles étoiles au-dessus de nos têtes...Les couleurs se massent au-dessus des cieux pour le festival du lever du jour. La mer noire montre d'attirants remous colorés comme de l'onyx; un spectacle grandiose d'une paradisiaque beauté se répand autour de moi. Un groupe d'icebergs éclatés, tous inondés d'un rose scintillant est en train de poser sur la mer.Pas un mais vingt, trente.

Mon stupide état d'inconscience est éveillé à une telle incroyable beauté; j'entends faiblement des voix autour de moi demandant à l'homme au gouvernail si le bateau de secours va venir où nous sommes pour nous embarquer.

Non, il ne le fera pas. Il est là pour récupérer les corps, c'est ce qu'il est en train de faire."

HELEN CHURCHILL CANDEE        Manuscrit autographe    [Les dernières heures vécues à bord du Titanic]

09:38 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

16/01/2010

Sonnet 18

Puisqu'à l'occasion de la sortie de Bright Star, Pierre Assouline et ceux qui le commentent aujourd'hui nous régalent de poésie anglaise,je ne résiste pas, je vous livre cette merveille, dont j'espère que la musicalité vous touchera et dont j'ai bien du mal à croire qu'elle ait été écrite pour un jeune homme; ce sonnet est toute féminité, selon moi.

"Shall I compare thee to a summer's day ?

Thou art more lovely and more temperate:

Rough winds do shake the darling buds of May,

And summer's lease hath all too short a date:

Sometime too hot the eye of heaven shines,

And often is his gold complexion dimm'd;

And every fair from fair sometime declines,

By chance or nature's changing course untrimm'd;

But thy eternal summer shall not fade

Nor lose possession of that fair thou owest;

Nor shall Death brag thou wander'st in his shade,

When in eternal lines to time thou growest:

So long as men can breathe or eyes can see,

So long lives this and gives life to thee.

WILLIAM   SHAKESPEARE   [Sonnets]

17:16 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

09/01/2010

Amour des postillons

"Longtemps, je cherche à obtenir cet effet qu'à mes yeux cet acteur produit volontairement: lâcher à chaque phrase une telle bordée de postillons que le jet mousseux ainsi dessiné dans l'espace, surtout lorsqu'il se découpe dans la lumière d'un projecteur,  donne aux mots de théatre une forme visible, la preuve de leur particulière substance, attestant du même coup l'engagement total, organique, dionysiaque, de l'artiste. Je ne comprends pas que n'y réponde pas davantage le partenaire, si généreusement et systématiquement aspergé, parfois touché en plein visage. Une salve non moins copieuse, bien cadrée donnerait à leur dialogue une plus puissante réciprocité...

J'aime naïvement les postillons, sécrétion normale, légitime, obligatoire, qu'un comédien de théatre se doit de produire, de même qu'un footballeur ne peut jouer un match sans transpirer." Eh bien, oui, j'avoue, voilà, j'aime çà, c'est comme çà" Tant pis, tant mieux, si c'est un peu sale et si cela me fait cracher; ainsi, je me distingue un tant soit peu de mon frêre."

DENIS   PODALYDES     [Voix off ]

 

A mon sens, il est , actuellement celui qui utilise le mieux les mots des autres et fait réellement vivre leurs voix.      AME

14:42 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)