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13/12/2009

retranché de la surface naturelle de la terre?

"Sous mes pieds, par conséquent, la terre devait être fantastiquement percée de tunnels et de galeries qui étaient la demeure de la race nouvelle. Quoi de plus naturel que de supposer que c'était dans ce monde souterrain que se faisait tout le travail nécessaire au confort de la race du monde supérieur....Tout d'abord, procédant d'après les problèmes de notre époque actuelle, il me semblait clair comme le jour  que l'extension graduelle des différences sociales,  à présent simplement temporaires, entre le capitaliste et l'ouvrier ait été la clef de la situation. Nous tendons à utiliser l'espace souterrain pour les besoins les moins décoratifs de la civilisation; il y a , à Londres, par exemple, le Métropolitain,  et récemment, des tramways électriques souterrains, des rues et des passages souterrains, des restaurants et des ateliers souterrains, et ils croissent et se multiplient. Evidemment, pensais-je, cette tendance s'est développée jusqu'à ce que l'industrie ait graduellement perdu son droit d'existence au soleil; je veux dire qu'elle s'était étendue de plus en plus profondément en de plus en plus vastes usines souterraines, y passant une somme de temps sans cesse croissante, jusqu'à ce qu'à la fin...Est-ce que, même maintenant un ouvrier de certains quartiers ne vit pas dans des conditions tellement artificielles qu'il est pratiquement retranché de la surface naturelle de la terre?

De plus, la tendance exclusive de la classe possédante , due sans doute au raffinement croissant de son éducation et à la distance qui augmente entre elle et la rude violence de la classe pauvre, la mène déjà à clore dans son intérêt de considérables parties de la surface du pays. Aux environs de Londres, la moitié au moins des plus jolis endroits sont fermés à la foule; de sorte qu'à la fin, on eut au-dessus du sol, les possédants, recherchant le plaisir, le confort et la beauté et au-dessous du sol, les non-possédants, s'adaptant d'une façon continue aux conditions de leur travail; ceux d'entre eux qui avaient des dispositions à être malheureux ou rebelles durent mourir et finalement, l'équilibre étant permanent, les survivants devinrent aussi bien adaptés aux conditions de la vie souterraine et aussi heureux à leur manière que la race du monde supérieure le fut à la sienne."

H.G. WELLS          [La machine à explorer le temps]

15:21 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

06/12/2009

Il me suit...

"Je vous ai reconnu de loin, quel bonheur! s'écria Elsa.

Ses dents claquaient. Elle était sans chapeau.

Je l'ai perdu en courant, je ne voulais pas aller chez moi, continua-t-elle ne liant plus ses pensées; Il me suit....

Dans la rue, murmura-t-elle sans oser faire un geste.

Il n'y avait pas un passant sur la chaussée, j'allais croire à une hallucination lorsque j'aperçus une voiture puissante qui rampait vers nous; Je ne trouve pas d'autre terme  pour cette insensible avance d'un monstre silencieux, luisant et magnifique. Derrière le volant, je distinguai,sur des épaules herculéennes, une minuscule tête.

Marchons un peu, proposai-je, nous verrons bien.

Règlant son allure sur la nôtre,l'automobile vira, penétra dans la rue Mansart. Mes jambes ne me tiennent plus, gémit Elsa. Nous étions devant la "Cloche d'or" un restaurant ouvert toute la nuit et où j'avais mes habitudes. Il n'y avait pas de meilleur refuge pour Elsa; Je voulais qu'elle prît quelque nourriture et une boisson chaude. Elle me laissa commander  ce que je voulus , les yeux rivés sur la porte.

Quelques instants après, la porte s'ouvrit pour laisser entrer le personnage que j'avais entrevu chez Ginette; Il s'installa en face de nous, et ne quitta plus Elsa du regard. Je remarquai l'espèce de lie qui reposait au fond de ses yeux clairs et qui parfois les obscurcissait complètement. Ses paupières n'avaient presque pas de cils; son visage demeurait sans mouvement, sans expression, sauf aux instants précis où je sentais un frisson violent traverser la chair tremblante d'Elsa; alors, les lèvres acérées et pâles de l'homme se relevaient et ses narines fragiles, comme usées se dilataient un peu. Si cette confrontation ne prenait pas fin, j'aurais à emporter Elsa évanouie...

Pourquoi suivez vous cette femme? Elle est en ma compagnie , et je ne permettrai pas...

Permettez moi de vous dire, monsieur que je ne persécute personne. je tiens à contempler le plus longtemps possible la belle Elsa Wiener, dont je suis un vieil admirateur et je continuerai.....

Je poussai Elsa dans un taxi, la menai à son hotel.Je fis sortir Max de son réduit et lui ordonnai: Quand Elsa sera couchée, tu iras dormir chez elle; je ne croyais à aucun péril, je parlais ainsi pour rassurer un peu la malheureuse que la panique mettait à bout.

 Tu feras bien reconnaitre ta voix, je m'enferme tout de suite;comme nous sortions de l'hotel, l'homme mettait

 sa voiture en marche. C'est une automobile allemande, dis-je à Max, tu as vu la plaque?

Je connais cette figure, murmura l'infirme, je l'ai déjà vue dans Montmartre mais aussi quelque part ailleurs, il me semble...Où?"

JOSEPH  KESSEL     [La passante du Sans-Souci]

 

 

14:07 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (5)

28/11/2009

Comme on ferait chez des gens

"Dès le premier soir, donc, j'avais pris ce dédale qui s'ouvrait en face du corridor côté hotel, sur l'avenue en pente par laquelle on pouvait échapper aux buildings et descendre vers le fleuve. Derrière le grand hall rectangulaire, on retrouvait ces stands encore et encore pour manger pas cher, un libanais dont les assiettes indiquaient mal la provenance des ingrédients, des sandwicheries-pâtisseries. Puis les boutiques, et la première: des robots ménagers, des cafetières miracle, de l'électronique bon marché, lecteurs musicaux, calculatrices, souris magiques. Peut-être qu'on pourrait écrire l'histoire industrielle récente en inventoriant tout ce qui y fut rêvé et puis manqué, via ce qu'on retrouve ainsi bradé dans les gares.

Qu'on continue encore, une bifurcation vers la gauche rejoignait l'autre bloc, celui que surmontait la patinoire. En partant sur la droite, même si l'escalator ne payait pas de mine, on traversait littéralement le hall d'un dépositaire de meubles. Alors tous ces gens qui marchaient pressés vers leur travail, on les apercevait comme traversant votre propre chambre à coucher: des mannequins de démonstration préparaient les lits pour la nuit, étaient assis aux bureaux avec faux ordinateurs, une femme modèle s'affairait sur des légumes en plastique dans la fausse cuisine sans cloison. Le lendemain, à rester quelques minutes ici dans un coin, je découvrais qu'effectivement les conversations baissaient d'un ton, comme on ferait chez des gens. Qui venait ici acheter son canapé, et comment alors l'en extraire? Seulement, c'est vrai, ils n'étaient pas chers, vraiment pas chers, les canapés transformables trois places en faux cuir.

FRANCOIS  BON     [ L'incendie du Hilton ]

 

13:55 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)