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01/11/2009

Comment faire venir la pluie

Pas très sérieux, ce soir, me direz-vous?

Eh bien, en cette soirée d'un dimanche maussade, j'ai une petite envie de m'amuser et de vous faire sourire.

" On raconte en Perse qu'un jour, par un temps de sécheresse tenace, une délégation vint trouver Nasreddin Hodja pour lui demander s'il connaissait un moyen de faire venir la pluie.

-Bien sûr, dit-il, j'en connais un.

-Vite, dis nous ce qu'il faut faire.

-Nasreddin demanda qu'on lui apportât une bassine pleine d'eau, ce qui fut fait, non sans grande peine. Quand il eut sa bassine, il ôta sa robe et, à l'étonnement de tous, se mit tranquillement à la laver.

-Comment, s'écria t-on;nous avons rassemblé toute l'eau qui nous restait et toi, tu t'en sers pour laver ta robe.

-Ne vous inquiétez pas, je sais très bien ce que je fais. Il lava sa robe avec minutie puis il dit: il me faut maintenant une seconde bassine d'eau;

les membres de la délégation crièrent encore plus fort; où trouver cette seconde bassine? Et pour quoi faire; avait-il donc perdu l'esprit?

Nasreddin resta calme et obstiné.Je sais très bien ce que je fais.

On chercha partout, on pressa l'argile des puits, on vola jusqu'à l'eau des enfants, on apporta enfin la seconde bassine. Nasreddin y trempa sa robe et la rinça soigneusement; les autres regardaient, stupides. Il leur demanda enfin, de l'aider à tordre sa robe,pour bien l'égoutter.Après quoi, il l'apporta dans la petite cour et l'accrocha à un fil, pour la mettre à sécher; presque aussitôt, de gros nuages se formèrent et la pluie tomba largement

-Voilà, dit posément Nasreddin, c'est chaque fois pareil quand j'étends mon linge.

JEAN-CLAUDE CARRIERE   [Le cercle des menteurs ] 

Contes philosophiques du monde entier

 

 

 

18:37 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

26/10/2009

Ma chère Grand'mère,

"Je suis fort embarassé. Mme C. doit voir ce portrait, et bien que je le fasse, j'éprouve une certaine pudeur à lui dire que je la trouve charmante.C'est pourtant la triste réalité. Mme C. doit avoir de 22 à 25 ans. Une tête ravissante, deux yeux doux et clairs, une peau fine et blanche, une tête digne d'être rêvée par un peintre amoureux de la beauté parfaite, encadrée de beaux cheveux noirs . Oh, la tâche insupportable de braver Musset et de dire surtout quand on le pense,Madame, vous êtes jolie, extrêmement jolie.

Eh bien, non, je paraitrais un imbécile à Mme C. et je réserve pour une lettre qu'elle ne verra pas la célébration de ses charmes physiques.

La conversation de Mme C. m'est venue consoler de mes chagrins multiples et de l'ennui que respire Salies pour qui n'a pas assez de "doubles muscles", comme dit Tartarin, pour aller chercher dans la campagne avoisinante le grain de poésie nécessaire à l'existence et dont, hélas est complètement dépourvue la terrasse pleine de caquets et de bouffées de tabac où nous passons notre existence. ..Je maudis les génies ennemis du repos des humains qui m'ont forcé de dire des fadaises devant quelqu'un  de si bon pour moi et de si charmant .C'est une torture, je t'aurais dit combien mon séjour ici me ravit, combien je serais chagrin de son départ, j'aurais tâché de dépeindre éloquemment ses traits et de te faire sentir sa beauté intérieure, mais, jamais, mon rôle est déjà stupide ainsi!

Bonjour, Grand'mère, comment çà va-t-il?

Marcel "

MARCEL  PROUST  [ Lettres à Mme C.]

Salies de Bearn   1885 ou1886  Hotel de la paix

18:04 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

23/10/2009

Totalement seul

"J'ai beau n'être pas isolé; je n'en suis pas moins totalement seul. Les femmes , elles, sacrifient toujours davantage à leur penchant absurde, quasi bestial pour la vie en société.

Nous sommes tous ensemble à des centaines de milliers de kilomètres les uns des autres. Nous vivons dans une bâtisse qu'on aurait tort de croire vaste.

Les membres de la famille subissent chaque jour l'amputation ignoblement persistante de l'esprit qui règne ici, leurs corps en premier lieu , leurs têtes en second lieu s'imprègnent de centaines voire de milliers d'actes consternants de cleptomanie mentale qu'ils inhalent."

THOMAS   BERNHARD   [ Persecution ]

09:01 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)