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07/10/2008

Anti-doxa

Le passage que je vous livre me correspond; en effet, il me parait très dangereux de se laisser agripper par tous ceux qui attisent les peurs et qui y ont un intêret; en ce moment, c'est un festival...dans les medias.

"Naturellement,la pelisse n'est plus à la mode, ai-je pensé devant la glace, mais c'était justement le fait qu"elle n'était plus à la mode qui me plaisait, d'autre part, je n'ai jamais porté de vêtements à la mode, je les ai toujours détestés et je les déteste encore aujourd'hui.Il faut qu'elle me réchauffe, me suis-je dit, de quoi elle a l'air, au fond, cela n'a pas grande importance, il faut qu'elle remplisse sa fonction, tout le reste est sans importance.

Les gens disaient de moi, il est à l'ancienne mode..Je m'étais toujours préoccupé fort peu de l'opinion publique, parce que j'avais le plus grand mal avec ma propre opinion et n'avais donc aucun temps à consacrer à l'opinion publique, cela m'intéresse, ce que les gens disent mais avant toute chose, il ne faut pas les prendre au sérieux. C'est comme çà que j'avance le mieux."

Thomas Bernhard   [Béton]

10:37 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

27/09/2008

La curieuse affaire de l'agent de location

"J'ai pris la précaution de demander l'adresse de cet individu à l'agent dès hier soir.

L'agent rectifiera si je me trompe, dit Rupert, regardant angéliquement le plafond. C'était: Les Ormes, lande de Buxton, près de Purley, Surrey.

C'est exact, monsieur, dit l'agent qui riait en repliant ses papiers.

Pourquoi n'irais-je pas à la lande de Buxton?demanda Basil en souriant.

Pourquoi iriez- vous? dit son frêre..

Pour retrouver notre ami le lieutenant, évidemment.Je croyais que vous désiriez le retrouver.

Et pour le retrouver, vous suggérez le procédé admirable d'aller au seul endroit de la terre habitable où nous savons qu'il ne peut pas être.Voyons, mon vieux, voulez vous vraiment dire que voyez une utilité quelconque à nous rendre dans cet absurde bled où il n'y a pas autre chose que de vagues sentiers et quelques arbres tordus...

Si nous allons par le train de cinq heures quinze, qui arrive à Purley vers six heures, nous avons toutes les chances de le trouver.

Le trouver, je le voudrais bien mais c'est un endroit qui n'existe pas...

Certes, il y avait dans le paysage même une sorte de vide lugubre. Nous étions des insensés, bien assortis à ce stupide paysage, car nous étions là, lancés dans la folle entreprise qui depuis le commencement du monde,entraine les hommes et les traine dans la boue.Nous étions trois êtres envoutés sous les ordres d'un fou,à la recherche d'un homme que nous savions ne pas être là, dans une maison qui n'existait pas.

Soudain, Basil s'arrêta et se tourna vers nous;nous y voilà enfin.

J'échangeai avec Rupert un regard inquiet;

Venez,il est temps d'entrer, nous serons en retard pour le diner.Basil mon cher ami, où voulez vous que nous allions?

Parbleu, là-haut,et il fut bientôt au-dessus de nos têtes en train d'escalader le tronc gris de l'arbre colossal.Ecoutez, là-haut, vous pouvez l'entendre qui parle tout seul.Et une seconde après, tomba cette voix: ravi de vous voir, messieurs,entrez, je vous en prie.

Etes-vous vraiment agent de location pour villas arboréales?Oui, monsieur, ma famille désirait me voir embrasser la carrière d'agent de location mais je ne me suis jamais intéressé qu'à l'histoire naturelle, à la botanique et choses de ce genre; mes pauvres parents sont morts mais je tiens à respecter leurs désirs.

mes chers amis, la vérité absolument exacte parait toujours fantastique; si Keith avait loué une petite maison de briques à Clapham, sans rien devant qu'une grille, et avait écrit dessus "les ormes", vous n'y auriez rien trouvé d'extraordinaire ; tout simplement, c'eût été un mesonge éclatant et sans vergogne , vous y auriez cru."

Gilbert Keith Chesterton     [Le club des métiers bizarres ]

18:27 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

20/09/2008

Mademoiselle Saligot

"..Et d'année en année la réputation de Monsieur Cruchon s'était ainsi établie, qui avait fait de lui le type du Bon Maitre, sévère mais juste.Cependant, Mademoiselle Saligot ne lui avait pas moins tiré la langue, quand il eut le dos tourné.

Le Bon Maitre n'avait pu la prendre sur le fait, et jamais ensuite, il ne fut assez leste pour se retourner à temps mais il se doutait à l'évidence de quelque chose, il sentait que quelque chose lui résistait chez Mademoiselle Saligot; et pourtant, il se gardait de donner trop d'importance à cette enfant de maçon, sûrement destinée à végéter dans les zônes obscures de la société tandis que ses bons sujets s'arracheraient de leur chrysalide pour s'envoler vers les hauteurs du Collège cantonal ou lmême de l'université.

Pour autant, Monsieur Cruchon ne se dévouait pas qu'à ses bons sujets; les bons sujets venaient des zônes villas à l'imprenable vue, de la même façon que certaines espèces prospéraient au soleil tandis que d'autres semblaient chercher par nature la pénombre et l'humidité.Or,Monsieur Cruchon se gardait d'abandonner le gros de la classe à ce déterminisme végétal; s'il respectait les bons sujets, il vouait aux autres une façon de rude tendresse dann laquelle était englobée mademoiselle Saligot.

Celle-ci était en somme la fleur sauvage qu'il évitait de toucher,crainte à la fois de se polluer et de flétrir son fragile éclat de fille des marais,cette étincelle de diamant de vouivre, ce front pur sous les cheveux en bataille,ces dents de louve entre les lèvres ,ce demi-sourire provoquant et terrifié d'où surgissait tout à coup la langue impertinente....."

Jean-Louis Kuffer      [Le sablier des étoiles]

14:11 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)