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12/01/2008

Il y a le passé, l'égaré, le manqué

"J'ai une mémoire exceptionnelle pour le langage et les mots. En disant cela, je ne suis pas fier, je ne me compare pas à d'autres. C'est plutôt une direction ou un terrain, comme un athlète aura prédilection pour l'effort rapide ou l'endurance. Une conversation de deux heures, je m'assieds, j'ouvre un cahier, je la reconstitue. Des gens, je me souviens de la silhouette, de la voix et je peux me souvenir de n'importe quelle lettre ou texte envoyé. Mais les visages....Quelles vies portons nous, de trop d'inaccompli et de ce qui fut manqué ou d'égaré ou de ce que nous n'avons voulu dire?

Nous-mêmes, un instant, chacun devant sa fenêtre, on le savait bien: une foule dans notre dos. Des respirations dans l'ombre; des présences derrière notre épaule. Avec vous, d'autres regardaient la même fenêtre. On porte avec soi trop d'ombres. Les ombres s'approchent. Qu'on soit silencieux, immobiles, encore elles approchent. Il y a le passé, l'égaré, le manqué."

"On vit avec sa tête, bien trop avec sa tête, je ne sais pas si c'est bien. Sans doute non. On devrait avoir le culot d'autre chose.

Est- ce que je dis çà pour que tu l'entendes, ou le contraire,: est-ce que je dis çà pour n'avoir pas osé le dire? Combien sommes-nous ainsi flottants et fragiles, que la peur enserre ou tient et livrés sans que rien ne nous rapproche que des mots? Je parle, je parle, l'acteur à celle qui doit l'entendre et si tout cela parce que rien, ne rien savoir,ce que tu savais, ce que tu devinais, ce que tu risquais, et si le théatre n'avait que cela de fonction, de tout ouvrir sans répondre, comme la ville et toute la nuit ce soir là furent pour toi en un instant ouvertes, l'envie de toi et que je ne t'ai pas rejointe."

FRANCOIS BON       [ Tumulte ]

13:51 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

10/01/2008

Les premières années

"Cette aptitude à passer sous silence des évènements que pourtant je ressentais assez vivement pour ne jamais les oublier,est un des traits qui me frappent le plus quand je me remémore mes premières années. Le monde qu'on m'enseignait se disposait harmonieusement autour de coordonnées fixes et de catégories tranchées. Les notions neutres en avaient été bannies: pas de milieu entre le traitre et le héros; tout fruit non comestible était vénéneux; on m'assurait que "j'aimais" tous les membres de ma famille, y compris les grand-tantes les plus disgraciées.Dès mes premiers balbutiements, mon expérience démentit cet essentialisme. Le blanc n'était que rarement tout à fait blanc, la noirceur du mal se dérobait; Je n'apercevais que des grisailles. Seulement,dès que j'essayais d'en saisir les nuances indécises, il fallait me servir de mots et je me trouvais rejetée dans l'univers des concepts aux dures arêtes. Ce que j'éprouvais pour de bon devait rentrer tant bien que mal dans ces cadres."

SIMONE de BEAUVOIR      [Mémoires d'une jeune fille rangée]

10:24 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

08/01/2008

Un moment de grâce.

"Elle était le point lumineux où l'ensemble des choses convergeait"

"Il jalousa celui qui avait inventé ces choses dont elle paraissait occupée"

GUSTAVE FLAUBERT    [L'éducation sentimentale]

17:34 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)