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25/07/2014

Manuel du mariage

"-Mabel, veux-tu être ma femme?

-Oui.

-Enlève moi mes bottines.

Wilde se moque bien du mariage, objet habituel de son ironie; il répète cette évidence que "le mariage est la principale cause de divorce" ou bien "les femmes doivent toujours se marier et les hommes jamais"

Il propose que les célibataires paient de lourds impôts car il n'est pas juste que certains hommes soient plus heureux que d'autres.

Wilde doit faire un choix, celui de sa future  épouse, Constance, une adolescente prolongée, peu causante, à l'air triste et résigné, sans trop d'humour et peu portée sur la gaudriole  .Pendant  leur voyage de noces à Paris, il résume pour un ami les raisons qui l'ont poussé à l'épouser: "parce qu'elle ne parle jamais et que je me demande toujours ce qu'elle pense."

En tout cas, à lire le théâtre de Wilde, le mariage n'est pas le fruit d'une passion partagée; " vingt ans d'amour et une femme a l'air d'une ruine; vingt ans de mariage et elle a quelque peu l'air d'un monument public.

Wilde finit même par opposer l'amour au mariage: "on devrait toujours être amoureux; raison de plus pour ne jamais se marier" ; ce thème classique des comédies est la trame des pièces de Molière; Wilde en montre un usage mondain, tactique et cynique, chacun semblant disposé à pousser à n'importe quelle union, en principe éternelle, du moment que cela arrange ses affaires instantanées.

"Les femmes sont faites pour être aimées, non  pour être comprises; il ne faut jamais chercher à les comprendre; "les femmes sont des tableaux, les hommes sont des problèmes"

XAVIER  DARCOS      [ Oscar a toujours raison ]

 

21:29 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

07/07/2014

Attention, c'est très chaud, monsieur

"-Toi qui recherches toujours dans l'opaque la source lumineuse, tu dois aimer la rambleur.

Il me regarde, stupéfait:

-Qui t'a appris cela? c'est typiquement champenois

Pour lui, la rambleur est indéfinissable; ce n'est ni une clarté, ni quelque rayon crevant un ciel couvert. Il la voit comme une réverbération ôtant tout relief au ciel et au paysage; l'annonce d'un désordre, d'un accident, l'imminence d'une onde lumineuse qui entr'apparait sans s'accomplir absolument; Un moment presque impossible à intercepter.

Toi, depuis le début tu es à la recherche de la rambleur de la Marne, ce je ne sais quoi d'insaisissable....

J'ai choisi au menu une matelote de la Marne, je ne pouvais faire autrement.

Je m'attends à une préparation savoureuse de goujons, d'ablettes et de perches accommodés au vin rouge et aux oignons; le serveur arrive en faisant des manières:"Attention, c'est très chaud, monsieur"; ils disent tous cela à présent même quand c'est tiède; dans l'assiette, d'informes tronçons de poisson flottent dans une sauce noire et aqueuse. Je goûte, c'est fade et trop cuit; je suis sûr en plus qu'il y a du cabillaud; ce poisson d'eau de mer est donc capable de remonter la Seine puis la Marne?

Je savais en arrivant que j'allais être déçu; certains signes ne trompent pas:

 l'Adagio d'Albinoni en fond sonore, chaudrons et bassinoires en cuivre sur les murs, les zakouskis annoncés sentencieusement par un maitre d'hôtel à la componction ahurie, le vin rempli à ras bord dans les verres et réapprovisionné avec zèle à seule fin de facturer une seconde bouteille , j'aurais pu ajouter les tableaux exposés mais cela ne prouve rien, je me suis souvent régalé devant des croutes à couper l'appétit; ce qui caractérise ces tables, hostelleries et autres mangeoires fréquentées le temps d'une soirée, c'est l'absence d'authenticité, la médiocrité maniérée; singer ce qu'on n'a pas, croire que la forme ou l'apparence fera illusion et l'emportera sur le fond."

 

JEAN-PAUL  KAUFFMANN    [  Remonter la Marne  ]

21:57 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

19/06/2014

Cher Albert

"Avant de commencer cette lettre, j'ai voulu relire ton livre...Avec émotion, je m'apprête à m'immerger dans  "Noces"; cela te surprendra peut-être mais je n'y parviens pas; quelque chose me retient; lorsque j'ouvre le livre, il se fait aimant répulsif.

En cette fin d'octobre à Manhattan, le temps est assez doux pour lire dehors. Le petit livre en poche, je décide d'aller à pied à Central Park, précieuse île de verdure.. au coeur d'un océan minéral que, bien avant moi tu as foulée; sur le trottoir encombré de la station de métro Lexington, je t'imagine jeune trentenaire, lors de ton séjour à Manhattan et me remémore tes propres souvenirs:

"A New York, certains jours, perdu au fond de ces puits de fer et d'acier où errent des millions d'hommes, je courais de l'un à l'autre sans en voir la fin, épuisé, jusqu'à ce que je ne fusse plus soutenu que par la masse humaine qui cherchait son issue. J'étouffais alors. Mais, chaque fois, un appel lointain de remorqueur venait me rappeler que cette ville, citerne sèche,  était une île".

Alors que je suis immergée dans la foule de cette ville-babel pressée, un passage du Mythe de Sisyphe affleure dans ma conscience.

"Il arrive que les décors s'écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d'usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas ,sommeil et  lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart de temps; un jour seulement, le "pourquoi" s'élève et tout commence dans cette lassitude teintée d'étonnement. Commence, ceci est important. La lassitude est la fin des actes d'une vie machinale, mais elle inaugure en même temps le mouvement de la conscience, elle l'éveille et elle provoque la suite. La suite, c'est l'éveil définitif".

L'herbe a maintenant remplacé l'asphalte, les piètons pressés sont devenus promeneurs.

Je m'assieds sur un banc à l'écart, terre sous les pieds, ciel au-dessus de la tête;" Noces" et " L'été" se laissent alors redécouvrir.

J'aime t'entendre dire:"Ici même, je sais que jamais je ne m'approcherai assez du monde; il me faut être nu et puis plonger dans la mer, encore tout parfumé des essences de la terre, laver celles-ci dans celles-là, et nouer sur ma peau l'étreinte pour laquelle soupirent lèvres à lèvres depuis si longtemps la terre et la mer"

 

CHRISTINE  TULLY  SITCHET     [ Pourquoi Camus ? ]

15:04 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)